L’amer dilemme de cette journée du premier Avril se résume à ceci : au dos de qui vais-je malicieusement accrocher un poisson en papier ?
J’opte après une indolente réflexion dans les brumes d’un petit décalage horaire pour celui d’un Paul ou d’une Virginie.
Ce n’est pas un hasard, je reviens tout juste d’un séjour dans l’archipel volcanique des Mascareignes, plus précisément de Cirné appelée aujourd’hui île Maurice.
C’est l' évocation par la population insulaire du naufrage en 1744 au large de l’île, au sud de la passe des Citronniers, d’un navire de la Compagnie française des Indes orientales, le Saint-Géran qui inspira vers la fin du 18e siècle à Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre son roman à grand succès, Paul et Virginie.
Lors de chacune de mes baignades dans les eaux tièdes et transparentes d’un lagon de rêve, je pensais à cette pauvre fille qui par pudeur ne voulut pas se déshabiller quand le bateau dans une terrible tempête échoua sur des rochers ce qui lui eût permis de nager plus aisément, de ne pas se noyer et ainsi à Paul de ne pas succomber à la douleur de la perte de sa bien-aimée.
Alors pourquoi se moquer début Avril de deux êtres simples et vertueux en suspendant sans qu’ils s’en rendent compte entre leurs jeunes épaules un morceau de papier mal découpé ?
J’y renonce définitivement et décide d’initier un autre Paul aux yeux bleu-lagon, mon dernier petit-fils, à une savoureuse dégustation inter générationnelle mise en valeur par une sauce beurre blanc ou à l’oseille d’un Zeus faber, c’est-à-dire un Saint-pierre, une poule de mer …