2 septembre 2011
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Je pense les avoir revus dans au moins trois circonstances :
La première fois, il ya bien longtemps dans un club de vacances : encouragés par des paroles simples voire enfantines et une mélodie communicative, ils guinchaient dans une chorégraphie irrésistible, c’était leur danse…
Puis pendant quelques années le mercredi , sortis des kiosques , je les dégustais bien qu’enchaînés et programmés pour nasiller , caqueter ou cancaner sur tous les scandales économiques, judiciaires et politiques ; leur devise (« tu auras mes plumes, tu n’auras pas ma peau »!) me fascinait.
La dernière fois que je les ai rencontrés, c’était un jeudi soir au sixième étage du 15 quai de la Tournelle à la célèbre Tour d’Argent, mais ils ne pouvaient hélas plus apprécier la vue panoramique sur la Seine, Notre-Dame et l’Ile de la Cité car , numérotés ils étaient sacrifiés selon un rite immuable sous notre regard ébahi : le corps parfumé au Cognac et au Madère était découpé, la carcasse pressée dans un pressoir en argent , ils reposaient inertes encerclés de pommes soufflées.
Voila cher Holden Caulfield , toi, l’ antihéros des années 50 , la réponse que je peux donner à la question obsédante que lors de tes deux journées d’errements au sein de Manhattan décrites par J.D. Salinger dans son « Attrape-Cœurs » tu posais aux gardiens du parc et aux chauffeurs de taxis : « Où vont les canards de Central Park South quand le lac est complètement gelé ? »
Et ce questionnement sur le devenir de ces colverts a accompagné bien longtemps cette période de peur de grandir et de mal vivre que fût notre adolescence…