Répondant récemment dans le JDD à une interview sur la pertinence des questions par les journalistes, le toujours sémillant chroniqueur littéraire Bernard Pivot proposait le cas de figure suivant :
« Un auteur qui n’a pas écrit son livre interrogé par un journaliste qui ne l’a pas lu ! » et il affirmait « c’est moins rare qu’on le croit ».
En littérature, une interrogation similaire se pose : raconter la vie de quelqu’un que l’on ne connaît pas est plutôt risqué.
Cette situation apparaît dans le premier roman en anglais écrit en 38 à Paris par le pétersbourgeois polyglotte Vladimir Nabokov : « La Vraie Vie de Sébastien Knight » (l’histoire est celle du demi-frère d’un écrivain récemment décédé qui enquête sur la vie de ce parent à la destinée hors du commun qu’il connaissait à peine)
Et bien ce roman assez méconnu de Nabokov sur un sujet aussi ambigu est une véritable leçon de littérature.( la redécouverte de son propre frère sera un cocktail d’humour et d’émerveillement)
En y pensant bien , j’affirme que cette démarche est moins périlleuse que celle de quelqu’un qu’on a à peine côtoyé qui raconte votre vie !
Une surprenante découverte du tempérament intime de l’autre que l’on croyait connaître a été proposée dans le cinéma contemporain avec le beau film de Florian Henckel von Donnersmarck : « Das Leben der Anderen » (La Vie des autres) où le personnage du dramaturge Dreyman, surveillé en permanence et dont la bonne amie est odieusement convoitée par le ministre est-allemand de la culture, publie à la fin du film un livre (La sonate des bonnes personnes) pour remercier de sa protection Wiesler ,( l’ex capitaine de la Stasi qui était chargé de l’espionner) dont il était loin de suspecter la véritable personnalité !
Parvenir à connaître l’environnement et la vraie vie d’un autre être, fût-ce du plus proche ; tenter de flairer les psychologies des uns et des autres , reste aussi ingrat que de gérer les difficultés de relation de l’homme avec tout ce qui l’entoure et se modifie de plus en plus rondement ; et pour oser un parallèle : prétendre à la compréhension de l’allergologie clinique !