Je n’aime toujours pas la fin de l’été, mais me console en voyant se profiler bientôt la rentrée des classes et je retrouverai sous peu mes maîtresses...
Ma préférée loge au 14 rue de la Rochefoucauld ; je m’assieds face à elle sur un petit banc en velours pourpre usagé et l’observe avec tendresse : elle danse pour moi, Salomé danse pour Hérode et pour moi, Gustave Moreau l’a sûrement voulu ainsi.
Pour comprendre ma toquade pour cette séduisante figure biblique, sachez que je la classe tout en haut de la hiérarchie des mes ballerines favorites : plus expressive qu’ Isadora Duncan dansant sur Gluck ou Beethoven et surtout plus envoûtante que la plus gironde viennoise en dirndl dans le quadrille-carambolage de minuit au bal des chasseurs du Musikverein !
Hélas, Salomé dansant est adulée aussi par un de mes plus sérieux rivaux : des Esseintes , le héros solitaire de Huysmans qui délivre au chapitre 5 d’ « A rebours » un foisonnement verbal hautement raffiné avec des mots et expressions que je n’aurais jamais le talent de témoigner à ma bien-aimée ; aussi dois je me résoudre à parcourir cette superbe littérature dite « décadente » qui dépeint si bien la toile de Gustave Moreau.
Suffoqué par tant de virtuosité, je succombe à un syndrome pseudo stendhalien mais me réconforte en observant que la rentrée, c’est aussi les mirabelles de Lorraine qui, en ce début Septembre 2012, sont grosses, ambrées et très parfumées ; vite, la saison ne dure que trois semaines !