Rêvasser de nos jours dans les allées d’une grande surface constitue une épopée moderniste quasi impossible tant sont attractives les opérations promotionnelles positionnées sur ce qui est communément appelé les « têtes de gondole » :
Au blé complet et aux graines de lin, brioché, avec des pépites de chocolat : c’est à gauche le pain grillé !
Pur Arabica intense et généreux, Espresso spilladente, santuoso, forza deliziozo : c’est à droite le café !
Le supérieur avec ou sans couenne, à l’étouffée, issu de porc de montagne ou de notre savoir faire charcutier : c’est par ici le jambon !
Pondus sur la paille, ramassés à la main comme autrefois ou élevés en plein air, au sol et en liberté : par là ce sont les œufs !
Pas vraiment romantique, tout ça ! Néanmoins la poursuite de ma déambulation ne m’interdit pas de fredonner un air des années 70 :
« Laisse les gondoles à Venise
Le Printemps sur la Tamise
On n’ouvre pas les valises … »
Et ces « têtes de gondole » m’évoquent inévitablement le « fero de prona » , la figure de proue de la barque noire (servant en théorie à contrebalancer le poids du gondolier) décoré des six sestieri de Venise…
Et me voici gondolier participant à la Regata Storica, célèbre course annuelle de la cité lacustre !
Encouragé par Dalida, je parcours avec mon caddy la distance équivalente … dans les allées de Carrefour !
« Gondolier la la la la la
Sur ta gondole tu chantais la Barcarolle … »
Le duo Sheila - Ringo prend la relève :
« J’ai oublié le temps et l’heure
Je laisse les gondoles à Venise… »
Et ce soir, complètement épuisé, bercé par l’air de la Barcarolle de Juin ( extraite des Saisons de Tchaïkowski ) , je me contenterai d’ œufs au jambon, de pain grillé et d’un bon café !