Tout (ou presque) a été dit sur les valeurs universelles et en particulier sur le bien et le mal ; en fait ce sont surtout des philosophes, des éthiciens, des métaphysiciens et une pléthore d’intellectuels de tout bord et de toute confession qui ont planché à flots sur le sujet.
Mais personne n’a encore ouvert une tribune pour laisser s’exprimer sur ce point des êtres plus frustes mais combien attachants : les ânes !
Ces bêtes dont la symbolique est souvent ambiguë peuvent à la fois représenter et surtout supporter le bien et le mal…
Les baudets connaissent en effet le dossier, trois exemples :
Sur l’île de Santorin, le mal l’emporte sur le bien, les pauvres ânes pleurent sans larmes et sans eau pour transporter les trop nombreux touristes du petit port de la caldeira, le long de la route escarpée avec ses terribles virages dignes de la montée à l’Alpe d’Huez dans l’étape mythique du Tour de France et son dénivelé vertigineux, vers la blanche Fira en haut de la falaise.
Peut-être moins rude mais plus humiliant le sort des ânes qui ramassent les ordures dans les ruelles étroites de la Casbah d’Alger au pied des terrasses (où circulaient jadis à Babel Oued jusqu’à la mer les combattants du FLN) ; mais ici, les quadrupèdes bénéficieront au terme de leur pénible journée d’une toilette rafraichissante sur une plage de la capitale.
Plus heureux les petits ânes de l’avenue Prudhon à Paris qui, le mercredi et les weekends, n’acceptent sur leur échine que les légères fesses rebondies des bambins du quartier de la Muette et revendiquent les mêmes prestige et respect dont jouissent les vaches Inyambo aux longues cornes en forme de croissants de lune auprès des éleveurs tutsis au Rwanda.
Voilà pourquoi quantité de bourriques aux longues oreilles et au doigt unique ont leur « Hi-Han » à dire en matière de bien ou de mal !