Magies d’automne
Bordé au sud par l’océan Atlantique ,à l’est par le Massachusetts, à l’ouest par le Connecticut, l’Etat de Rhode Island, le moins étendu des Etats- Unis propose à cette époque de l’année un triple choix : organiser à Newport un double sur le Central gazonné du prestigieux Tennis Hall of Fame, assister dans cette même ville à un office le vendredi soir dans la synagogue de Touro , le plus ancien temple d’Amérique du Nord ou de contempler inlassablement le long de ses avenues l’exceptionnel feuillage des érables dont la couleur rouge serait due non pas à l’anthocyane mais selon un conte wendat au sang de l’ours étalé sur les bois du cerf qui l’avait encorné lors d’une course légendaire !
Loin de là, sur un éperon rocheux situé à 350 m au- dessus du niveau de la mer bleue de la Côte Amalfitaine, l’automne surgit dans le jardin magique de Klingsor, véritable terrasse fleuri de la Villa Rufolo où Richard Wagner trouva l’inspiration pour le 2ème acte de son Parsifal (Bühnenweihfestspiel).
Mais si une pelle ne les a pas encore ramassées et que vous craignez de glisser malencontreusement sur quelques feuilles mortes, que vous n’aimez guère mouillez vos bottines plates ou à talon ,en cuir de vachette ou en daim dans l’ Acqua alta d’une marée précoce lorsque la Sérénissime à cette époque s’est allégée un peu de ses nombreux touristes asiatiques, le Palazzo Fortuny acheté et restauré à la fin du 19éme siècle par le peintre espagnol Mariano Fortuny y Madrazo vous offre l’opportunité dans une de ses salles tapissées de tissus d’un goût précieux et raffiné de poser votre arrière train sur une banquette en cuir vieilli et vous immerger dans l’épopée médiévale du magicien Klingsor et du jeune innocent Parsifal pour surprendre dans la clandestinité d’une pénombre reposante quelques notes wagnériennes tout en admirant certaines toiles dont la fameuse“ Fanciulla-fiore nel giardino fatato di Klingsor“.
Voilà, en Octobre la magie est de tenter de passer sans encombre de l’été à l’hiver, l’automne est une mutation faite de pluie et d’or…