Chut !
Assis dans le parc sous un tilleul en mue printanière, le silence environnant juste émoussé par la querelle de deux oiseaux dans le feuillage au- dessus de ma tête, j’entrebâille les paupières pour découvrir la sympathie de l’abeille pour sa fleur odorante qui, rassasiée de nectar, va butiner plus loin…
Ce calme précaire, je l’ai connu jadis entouré de mes fils dans les immensités blanches de la Laponie finlandaise, un peu comme ces moines de la Grande Chartreuse qui, se promenant en binôme, partagent le silence hivernal des chemins du massif avant de plonger dans une profonde méditation.
En cet instant délicieux, il me revient à l’esprit (année de centenaire de l’invention, à la fin de la Première Guerre Mondiale, des boules Quies , les anciennes “Sourdines“), ces quelque mots du grand Bourvil dans le “ Cercle rouge“ de Melville après une scène de casse d’une bijouterie place Vendôme de plus de vingt minutes sans le moindre dialogue entre Montand, Delon et Gian Maria Volonté : “ Eh bien, ils ne sont pas très bavards ! “
Le silence au cinéma, dès que le combo se met en marche, s’il n’est pas toujours assourdissant (oxymore souvent galvaudé), autorise du moins comme son équivalent (le blanc dans les livres) le partage d’une émotion que, ni la plus merveilleuse des musiques pour l’un ni la prose la plus talentueuse pour l’autre, ne permettent de restituer en totalité …
Chut ! Apaisé sous mon ombrage vert, je m’assoupis doucettement !