C’est en dinant un soir dans le fameux restaurant de poissons Le Duc que j’aperçus au fond de la salle un ancien voisin de vestiaire de mon club de sports.
Nous n’avions jamais vraiment conversé mais sa voix assez forte attirait l’attention et j’avais ainsi appris qu’il avait deux passions : la consommation régulière de poissons comme lui recommandait son médecin et l’écriture hebdomadaire à son reliquat familial, des universitaires de Cracovie.
Il se nommait Woyevoda (En Pologne, le voïvode est l’équivalent chez nous du préfet de région et le terme d’origine latine correspondant est duc) ; je ne fus donc pas surpris de le voir attablé dans ce culte établissement devant une belle assiette de Saint-Jacques crues tout en griffonnant sur un papier je ne sais quel message !
J’avais moi-même jadis fréquenté plusieurs soirs durant un Herzog (duc dans la langue de Goethe) , chef d’oeuvre du meilleur écrivain américain de sa génération Saul Bellow : c’était un universitaire distrait qui, abandonné par sa seconde femme, se réfugiait dans sa maison de campagne du Massachusetts d’où il écrivait des lettres (sans les envoyer !) à ses proches, ses collègues ,aux femmes qu’il a connues, aux membres du gouvernement, à des célébrités mortes ou vivantes (Nietzsche, Heidegger) !
Ce fou passionné était Herzog, un aristocrate du vieux monde désintégré par sa trop vive sensibilité.
Pendant un court instant, je revivais mon passé de modeste sportif mêlé, par l’intermédiaire de ce visage reconnu, à une douzaine d’huitres tièdes comme Moses Elkanah Herzog (duc) américain des années 60 aux prises avec la société moderne !
Bonnes vacances !