Une récente déconvenue me pousse à fredonner avec Bono, le leader charismatique du groupe U2, quelques paroles de « Love is Blindness » :
« Je ne veux pas voir
Enveloppe moi dans la nuit… »
L’origine de cette cruelle déception amoureuse : le film adapté du roman surréel de Boris Vian, « l’Ecume des Jours », qui en a fait disparaître toute trace d’émotion pour donner la part belle à des effets spéciaux, certes inventifs et surprenants, mais déstructurant le livre, maltraitant le fond et la forme et ne rendant absolument pas compte de l’originalité poétique du chef d’œuvre de l’écrivain mythique.
Pour me consoler en chansons (chabada-bada), comme pourrait me le suggérer un dimanche de pluie à 17 heures la pétillante productrice-présentatrice Daniela Lumbroso, la trajectoire chaotique et désespérante du livre au film me fait inconsciemment déambuler de Ligurie en Italie jusqu’au Land de Bade-Wurtemberg en Allemagne :
Pour mémoire ,dans les années 50, le talentueux Fred ( Ferdinando) Buscaglione composait « Love in Portofino » interprété plus tard par Dalida :
…”I found my love in Portofino”
Tout se mélange dans ma tête : Colin aimait Chloë…et Dalida roucoulait :
« Je vois le marié qui m’emporte vers le petit chalet de bois
Dont il me fait franchir la porte en me portant entre ses bras
I found my love, I found my love…
Dans les années 20, l’autrichien Fred Raymond de son côté composait sur des paroles de Beda et Ernst Neubach :
« Ich hab’mein Herz in Heidelberg verloren » (J’ai perdu mon cœur à Heidelberg)
Et le nénuphar gagnait du terrain dans la poitrine de Chloë…
“Was ist aus dir geworden,
Seitdem ich dich verliess” (Qu’es tu devenue depuis que nous nous sommes quittés)
Cet infamant échec de traduction au cinéma du splendide roman de feu Vernon Sullivan confirme que tous les réalisateurs ne jouent pas dans la même division...
J’en veux pour mémoire les remarquables adaptations du « Guépard » de Lampedusa et de « Mort à Venise » de Thomas Mann par l'immense Luchino Visconti .
Il est vrai qu’aussi le musicien du film, bien que secondé par intermittence par le grand Duke Ellington n’a évidemment pu rivaliser avec Nino Rota et Gustav Mahler !