Le trajet en taxi de Paris à la forêt de Chantilly est suffisamment long pour m’autoriser à me délecter du dialogue entre Léonie, la grande- tante du narrateur et le curé de Combray dans la première partie de « Du côté de chez Swann » :
Tante Léonie : « Monsieur le Curé, qu’est ce que l’on me disait, qu’il y a un artiste qui a installé son chevalet dans votre église pour copier un vitrail .Je peux dire que je suis arrivée à mon âge sans avoir jamais entendu parler d’une chose pareille ! »
Le curé : « …qu’on ne vienne pas à me parler des vitraux ! Cela a-t-il du bon sens de laisser des fenêtres qui ne donnent pas de jour et trompent même la vue par ces reflets d’une couleur que je ne saurais définir… »
Dans l’ambiance feutrée de la Renault Laguna grise , bercé par le ronronnement soporifique du moteur diesel , sur la route vers l’Oise avec Proust sur les genoux (il aurait probablement aimé !), je me souviens que pas loin de là, au Raincy, l’église Notre-Dame-de-la Consolation offre, parmi ses vitraux à vocation religieuse , une Vierge aux taxis ; souvenir de la victoire de l’Ourcq, le vitrail rappelle l’épopée des « taxis de la Marne », symboles d’unité et de solidarité nationale, voulue par le Général Gallieni en Septembre 1914.
Suis-je dans le premier ou le deuxième convoi ?
Arrivé à destination mon chauffeur me demande un prix exorbitant qui aurait pu utilement aider Monseigneur à offrir pour son église à notre curé de Combray un vitrail neuf !