J’ai toujours été très sceptique devant les relations amoureuses chastes, de type intellectuel.
Ainsi, je me souviens avoir été fortement impressionné par les quarante années, certes toutes empreintes de musique et de belles lettres, que vécut au 19e siècle le romancier russe Ivan Tourgueniev, de Saint-Pétersbourg à Paris et de Baden-Baden à Bougival, à l’ombre de l’illustre et fascinante mezzo-soprano Pauline Viardot (« irrésistible laide » selon son ami Saint-Saëns !), sœur cadette de la Malibran.
Même scepticisme pour les quatorze années de l’intense et dense correspondance poétique et sinusoïde entre deux génies de la poésie soviétique du 20e siècle : le père du docteur Jivago, Boris Pasternak et l’écorchée vive Marina Tsvetaeva, que les Archives nationales de Moscou nous permirent enfin de découvrir en l’an 2000 .
Ma perplexité était à son comble lorsque, en Indre-et-Loire, dans et aux alentours du château de Saché , je partageais ( en souffrant) l’infinie passion entre Félix de Vandenesse et la trop vertueuse Henriette de Mortsauf dans ce mythe littéraire que nous offrit Balzac : Le Lys dans la vallée.
J’étais consterné par leur dialogue surréaliste :
(Félix : « dites- moi franchement comment vous voulez que je vous aime. »
Henriette : « Aimez moi comme m’aimait ma tante, de qui je vous ai donné les droits en vous autorisant à m’appeler du nom qu’elle avait choisi pour elle parmi les miens. »)
Bonjour la sensualité !
En fait, le seul amour platonique à bénéficier de mon indulgence est celui du maître pâtissier Jean-François Potel pour le cuisinier de la cour de France Etienne Chabot… Comment se passer de leurs incroyables coffrets de gastronomie haut de gamme et surtout, à la lisière du Bois de Boulogne, des banquets (non platoniciens) et des orgies gourmandes orchestrées dans un ancien Pavillon de Chasse du 18e siècle à l’élégante architecture Belle Epoque , le Pavillon d’Armenonville ?
Pour ce penchant coupable la punition divine n’est pas loin !