J’ai enfin saisis ce soir en quoi l’observation pourtant habituelle d’une anodine reproduction jaunie des Trois Grâces de Rubens abandonnée depuis tant d’années dans le salon sur une table guéridon dite“ bouillotte“ , attendant paresseusement un hypothétique archivage ou une élimination définitive, me renvoyait toujours vers une âpre partie de poker entre un père et sa petite fille…
Les Grâces du peintre talentueux sont donc trois, rien d’original à ce chiffre entier naturel ; Panurge, l’ami de Pantagruel, jonglait avec trois langues originales pour demander la charité(le lanternois, l’utopien et le langage des antipodes) ; dans le film d’Henry Hattaway sorti en 1935 The Lives of a Bengal Lancer), Gary Cooper, Franchot Tone et Richard Cromwell étaient pour l’éternité “ Les Trois Lanciers du Bengale“ …
L’explication de mon interrogation sur cette triade est autre mais pas si éloignée.
Notre table “bouillotte“ tire en fait son nom d’un jeu de cartes apprécié pendant la Révolution française, basé sur le brelan (brelan carré, simple brelan et brelan retourné), chaque joueur ayant au départ trois cartes.
Cette alliance de trois cartes de même hauteur est de nos jours une combinaison très intéressante au poker pour relancer le pot ou remporter la mise.
Elle fut cependant insuffisante dans les mains d’un gentil papa musicien, opposé à sa petite Dorothy qui le mystifia avec aplomb simulant une quinte “servie“ et jouant son tapis de 20 cacahuètes ! Ce père pourtant aguerri aux possibilités de bluff de ce jeu diabolique était le merveilleux acteur aux multiples facettes (chanteur et danseur) Danny Kaye dans “Millionnaire de cinq sous“(“The Five Pennies“, délicieuse comédie américaine qui bénéficia logiquement en 1959 de quatre nominations aux oscars).
Et pour revenir à ma contemplation de la chaire opulente des trois déesses du maître flamand à peine voilées, j’ose les associer à un brelan de dames : Pallas (dame de pique), Rachel (dame de carreau) et Argine (dame de trèfle).
Judith, celle de cœur, ne désirant manifestement pas comme à l’accoutumé s’associer à mes rêveries…